Se montrer caché
Au premier regard, tout conduit vers le visage. Le cadrage est frontal, très serré, presque symétrique. Le personnage occupe l'essentiel de l'image et regarde directement l'objectif.
Cette photographie est construite sur une contradiction : le personnage s'expose énormément tout en dissimulant une partie de lui-même.
Le grand bonnet de fourrure, les lunettes jaunes, les chaînes autour du cou et le manteau à carreaux composent une apparence très affirmée. Chaque détail attire l'œil.
Pourtant, le visage reste calme, presque impassible. L'apparence produit l'effet, mais l'expression refuse d'en rajouter.
Des yeux remplacés par la rue
Les lunettes jouent un rôle essentiel. Elles cachent les yeux, donc une part importante du regard, mais elles reflètent en même temps ce qui se trouve devant le personnage.
Ce que nous ne pouvons pas voir de ses yeux est remplacé par un fragment de la rue. Le portrait contient ainsi quelque chose de ce qu'il est lui-même en train de regarder.
Le fond très flou renforce encore cette opposition. La ville devient une matière diffuse faite de silhouettes, de voitures et de lumières.
Lui, au contraire, reste parfaitement défini. Plus le décor s'efface, plus sa présence devient forte.
Le portrait tient dans ce contraste : une apparence extrêmement construite, face à un visage qui reste d'une grande retenue. Il se montre beaucoup, sans jamais tout livrer.