Second voyage en Inde
En janvier 2007, ce second voyage en Inde me conduit d’abord à Bangalore (Bengaluru), au Karnataka, puis à Chennai (Madras), Kanchipuram et Mamallapuram, au Tamil Nadu, avant de se poursuivre vers Coimbatore. Entre escales, rencontres, scènes de rue, kolams (rangolis) de Pongal et sites archéologiques, cette première partie raconte mes premiers jours dans le sud de l’Inde.
Samedi 13 janvier 8h du matin: Le taxi, une Passat sombre est garée devant chez moi. Je sors. Les phares s’allument. Le chauffeur descend et prend ma valise.
9h: Je suis enregistré sans trop de tracasseries même si j’ai dû déballer tout mon sac photo pour que la demoiselle chargée de l’inspection puisse vérifier le rembourrage du fond du sac.
En passant à la librairie j’achète une carte de l’Inde, et je tombe sur " Une certaine idée de l’Inde " d’Alberto Moravia.
10h: je suis dans l’avion. Il est équipé des sièges dernier cri, ceux qui garantissent mon espace vital. C’est cool.
10h30: L’embarquement est terminé, la passerelle est détachée puis repliée, il y a encore beaucoup de places vides dans la cabine. Je me prends à rêver de deux places affaires pour moi tout seul mais mon voisin ne se décide pas à bouger et moi j’aime trop mon hublot.
10h40: « bienvenue à bord » quelques passagers en transit sont un peu en retard...
11h05: l’Airbus A330 s’ébranle. Traditionnelle coupe de champagne, du Bollinger. « Le temps de vol pour Bangalore sera de 8h40, les vents nous sont favorables.
11h23: « take off » en direct sur l’écran en face de moi, c’est mille fois mieux que Flight Simulator.
11h26: Déjà le soleil. C’est le moment que j’apprécie le plus: franchir la couche de nuages et retrouver le soleil, sentir sa morsure sur mon cou au travers de la vitre du hublot. Voilà pourquoi j’adore l’avion.
A l’heure du Gin & Tonic je survole Bregenz.
A Klagenfurt: « Dos de saumon au poivre accompagné de pâtes aux œufs de truites » Fameux. Je finis l’entrée à hauteur de Zagreb.
Le Gin-Tonic bien tassé fait son effet, je me sens euphorique.
Entre Osijek et Budapest, il est temps d’essayer la spécialité indienne comme plat principal « vous avez raison, elle est excellente » me glisse le steward. Je vais l’arroser de Bollinger. C’est ça Air France! Je goûte. Bienvenue au pays des épices « spicy »!
Mon voisin, américain, se contente, en tout et pour tout, d’une bouteille de Vittel.
Timisoara: l’heure de fromage.
Et pour le dessert? Je ne sais pas, à ce moment là je suis au dessus de nulle part semble-t-il. Rien sur la carte. Par le hublot, je vois quelques habitations éparses.
Bucarest: sorbet pamplemousse-citron et expresso
L’envie d’une sieste me prend.
17h: j’émerge.
18h: survol de Karachi.
Un peu avant Bombay, c’est le moment de prendre une collation et de visionner « The Queen ». Je verrai la fin au retour car à 19h00: « nous allons commencer notre descente vers Bangalore où la température est de 19°C et le temps clair et ensoleillé…
Les formalités d’entrée dans le pays ne sont pas longues.
Je règle ma montre, et d’un coup il est pratiquement minuit!
Je récupère mes bagages, je jette un œil sur les pancartes tendues. Bingo, je vois mon nom qui se balance au bout d'une pancarte, l’hôtel a bien envoyé un chauffeur.
Arrivée à Bangalore
Dimanche 14 janvier, 1h du matin j’entre dans ma chambre au Park Hôtel de Bangalore.
8h du matin: L'Inde et ses coussins, ses couleurs, son soleil... Petit déjeuner copieux, savoureux. Service impeccable, personnel chaleureux, sympathique. Je goûte un peu à tout ce que le buffet m'offre. Je manque de m'étrangler une fois ou deux! Le poivre, le piment partout!
9h30 petite négociation avec le "Bell Captain" et nous voilà partis pour un tour de la ville en attendant de reprendre l'avion pour Chennai. Il n'y a pas grand-chose à Bangalore. Direction le Bangalore Palace, sans grand intérêt. J'aurais préféré me perdre dans les rues autour de l'hôtel.
Les rues sont pleines de « tchouk-tchouk », comme j'appelais alors les auto-rickshaws ou tuk-tuks. Visite d'un temple, cérémonie très "Hare Krishna", ça me barbe, je préférerais être dans la rue...
12h: déjeuner au bord de la piscine, le temps passe agréablement, on en perd même la notion! Nous avons juste le temps d'un petit barbecue indien. Décidément la cuisine est excellente. Moi qui pensais revenir avec quelques kilos de moins, cela me semble bien mal parti.
13h: il est vraiment temps de gagner l'aéroport... Que de contrôles, au moins quatre et ce sera comme ça pour chacun des vols suivants. Des étiquettes, des tampons mais un seul bagage à main! Je garde mon appareil photo et décide de mettre le PC dans la soute "Oh! Sir a so fine piece of electonic!" Le steward est offusqué de mon geste. Je dois retirer le PC de sa sacoche et le prendre à la main... Tenu à la main sans sac il n'est plus considéré comme un bagage à main!
Security check: une allée pour les femmes, une autre pour les hommes. Je monte sur la petite estrade, le policier me palpe.
Salle d'attente. Vol retardé... ça commence :-(
Je m'ennuie, tout comme le petit gars du stand "TATA", et oui ici TATA règne en maître, je n'ai pas fini de le rencontrer sous toutes ses formes.
C'est enfin l'heure de décoller, bye-bye Bangalore. Excellent vol pour Chennai avec "Jet Airways".
Arrivée à Chennai, il fait 28°C. À la sortie de l'aéroport, une autre affiche, un autre chauffeur tout aussi souriant, tout de blanc vêtu, un autre hôtel très chic. Le Royal Meridien... "tu sais nous sommes en train de manger notre pain blanc, ensuite ce sera moins classieux..." Eh bien je profite de l'instant.
Rapido check-in, rapido rafraîchissement et direction la rue pour un bain de foule. Je sors, le liftier me propose un chauffeur
"non merci".
"tchouk tchouk not safe Sir!"
"I want to walk" l'incrédulité se lit sur son visage
"not safe Sir!"
"No problem, i will manage..."
Je m'en allais vers une expérience que je ne suis pas près d'oublier...
Immersion totale
Dimanche 14 janvier: Quand je sors de l’hôtel il est déjà 17h, le soleil est bas, la lumière très belle mais je vais rapidement devoir pousser mon D2X vers ses limites. Dans la rue je suis hélé tous les dix mètres par un chauffeur de « tchouk-tchouk ». Au premier carrefour je quitte GST Road, cette grande avenue bruyante. Aussitôt le calme, les vaches dans la rue, les chiens écrasés de chaleur endormis, les maisons colorées, les odeurs sur lesquelles il n’est pas utile de s’attarder. Où sont les chats? J'ai demandé, on m'a répondu qu'il y avait des chats en Inde, je n'en ai pas vu un seul!
Je fais cinquante mètres de plus, il y a du monde dans la rue, les gens discutent, travaillent, c’est « Happy Pongal » ici, une fête qui dure toute la semaine. Il y a beaucoup de dessins colorés sur le pas des portes, des kolams (rangolis) réalisés à la craie, avec du sable de couleur ou même avec des fleurs.
Je prends mon appareil photo, j’ai déjà eu envie de déclencher vingt fois, mais quand il y a des gens je ne suis pas à l’aise. Évidemment la rue est pauvre mais très belle je ne veux pas avoir l’air d’un voyeur. Je ne viens pas photographier la pauvreté, si bien sur d’une certaine façon. Je prends quelques façades et un petit garçon s’approche.
« hello! »
« hello! »
« how are you today? »
« fine, and you? »
« me too »
« from where do you come from ?»
La conversation est engagée. Rapidement il me demande de le photographier, j’en ai très envie, mais j’hésite. Je regarde autour de moi, les parents regardent la scène, hésitants, pensant que leur fils m’importune. Je leur demande si c’est ok, ils me répondent oui de ce balancement latéral de la tête si caractéristique. C’est parti, je prends une photo.
Je me souviens du désappointement d’un enfant en Ouzbékistan lorsqu’il comprit que mon appareil n’était pas un Polaroid, alors je décide de lui montrer le résultat sur l’écran au dos du boîtier. Il éclate de rire, il est tout heureux, il me demande de faire une photo avec ses parents. Ils sont contents, ils balancent la tête en signe de remerciement. Déjà d’autres enfants observent la scène. Le plus audacieux me lance un « photo! photo! »
Je vais mettre plus d’une heure et demie à parcourir deux cents mètres.
Le grand frère fait venir le petit.
Le petit va chercher son père.
Du haut des toits j’entends « photo, photo ».
Maintenant c’est quatre, cinq, six gamins ou plus qui se cherchent sur mon tout petit écran. Je serre des petites mains, des plus grandes, on échange des « hello » et des « bye-bye » par dizaines.
Je crois que ce soir nous nous sommes fait un beau cadeau les uns aux autres. « Happy Pongal ».
La lumière décline rapidement et je dois utiliser toutes les ressources de mon boîtier pour continuer à prendre des clichés.
Au coin d’une rue il y a une petite épicerie. Je demande au marchand son adresse. Maintenant je dois tenir une promesse que je me suis faite. Envoyer à cet homme un paquet de photos pour qu’il les donne aux enfants et à leurs parents.
Il fait presque noir maintenant et je n'ai pas de flash pour D2X (le petit flash d'appoint du D100 était bien pratique). Je sors mon petit compact. La bousculade autour de moi est à son comble. Quelques parents tentent de ramener le calme. Tout le monde rit. Les gens ne sont que sourires et yeux illuminés.
Il est l’heure de rentrer, les parents font obéir les gamins.
Un dernier cliché pour ce gamin timide sur son « tchouk-tchouk » et je rentre à l’hôtel à contrecœur. Je fais un saut dans l'espace-temps, j'ai l'impression d'avoir changé de galaxie mais une chose demeure, la gentillesse des Indiens. Je retrouve mon collègue, c'est l'heure d'un gin-tonic
"Gordon Sir?"
"No Bombay!"
grand sourire du serveur. Ensuite dîner indien.
Je ne sais plus trop ce que j'ai mangé mais ce dont je me souviens c'est d'avoir pris deux soupes, une du sud et une du nord, et que bien m'en a pris! La soupe du sud était très pimentée et celle du nord - un lassi à la mangue typique de Calcutta - était en fait du lait au fruit, parfait pour éteindre l'incendie.
En route pour Mamallapuram en passant par Kanchipuram
8h30: petit-déjeuner au Méridien de Chennai. Le maître d'hôtel me place. J’ai l’impression d’être dans un poulailler, un poulailler américain! Quel bruit! Je prends ma tasse de café et cours me réfugier dans un endroit plus calme et je déguste un solide petit déjeuner.
Aujourd’hui la partie travail sera très courte. En fait j’ai presque toute la journée pour moi! Avec mon collègue nous décidons de faire un tour à Kanchipuram et Mamallapuram. Je connais déjà mais autour de Chennai il n’y a pas grand-chose d’autre et de toute façon c’est beau.
Nous louons les services d'un chauffeur du Méridien et en route donc pour Kanchipuram. La ville est connue pour son immense temple. En général la majeure partie des temples est interdite aux non-hindous et de plus les temples ne m’intéressent pas, alors je m’égare dans les ruelles aux alentours. Le chauffeur va s'inquiéter!
Seconde immersion totale.
Je rencontre encore des gens charmants, fiers des kolams qu’ils ont dessinés pour « Happy Pongal » et honorés qu’on en fasse une photo. Certains viendront se mettre à côté pour la photo. Les kolams, il y en a partout devant les maisons. Ils sont monochromes ou colorés, dessinés à la craie, avec du sable, des fleurs ou même des fruits.
Prendre un kolam en photo c'est faire la fierté de son créateur et de sa famille. Un plaisir dont je ne me lasse pas.
Un tout petit temple comme il y en a des dizaines dans chaque ville ou village
Les rues sont pleines de petites échoppes et de petits métiers. Il y a aussi les vaches, les bœufs, les singes et les chiens. Le climat lessive rapidement la peinture des habitations mais les couleurs saturées des saris et des fleurs éclairent les rues.
Il est temps de quitter Kanchipuram et de rejoindre Mamallapuram et aussi de se restaurer un peu sans oublier de boire... de l'eau de l'Himalaya. Sur une plage au bord de la mer, malheureusement un service d'une lenteur incompréhensible, car il n'y a pratiquement personne, gâche tout!
Mamallapuram est l'un des sites archéologiques les plus célèbres de l'Inde. Les monuments sont rongés par l'air marin. Ici c'est toujours la féérie des saris.
"... un mur, presque un parapet, entoure le temple, mais la mer a dû le chevaucher souvent, car il est passablement détérioré: les vaches qui tout le long y sont sculptées semblent estompées, voire liquéfiées... Du reste, c'est le temple tout entier qui paraît consumé, érodé, percé, poli et dissous par le vent, l'eau, le sable et le sel. Encore quelques siècles et ne sera qu'un tas de pierres informes et lisses." A. Moravia.
Le site de Mamallapuram est immense, le soleil commence à descendre, c'est le moment d'aller vers le phare pour regarder le soleil se coucher sur le golfe du Bengale. Au sommet nous faisons la connaissance d'un tailleur de pierre qui profite de son jour de repos. On discute et de fil en aiguille nous voici chez lui à admirer son travail. Le piège se referme sur moi et mon collègue. Nous ne repartirons pas les mains vides! En fait je suis ravi, lors de mon dernier voyage je n'avais pas ramené de pierre sculptée de Mamallapuram, cette fois j'en ai l'occasion et de plus les pièces sont très belles. J'ai aussi l'occasion de pénétrer dans une maison indienne. Des chats? "Oui nous en avons..." mais je n'en ai pas vu. Toujours pas et n'en verrai pas de tout mon voyage. Sauf avec la photo de Neko qui me sert de marque-page.
Vishnou sous la protection du serpent Shesha. Je suis protégé de tout maintenant!

20h: nous sommes de retour à l'hôtel. Je suis bien fatigué et je n'ai pas trop faim. En guise de repas je prends deux gin-tonic et des amuse-gueules. Je suis crevé et la nuit va être courte. Je vais me coucher rapidement.
Note de prise de vue. Inde, janvier 2007. Nikon D2X et Nikon Coolpix S4.