C’est dimanche, quartier libre
Dernier chapitre du voyage : de Calcutta — aujourd’hui Kolkata — à Tiruchirappalli, ou Trichy, via Chennai, puis du temple de Srirangam au Rockfort avant de gagner Dalmacity et Bangalore, et enfin de rentrer à Paris.
4 h du matin : le taxi nous attend pour aller à l’aéroport de Calcutta ; les rues sont désertes. Aujourd’hui, pas de rendez-vous : nous repartons plein sud pour Tiruchirappalli, ou Trichy, via Chennai — l’ancienne Madras.
Le premier vol est assuré, sans souci, par SpiceJet.
Le second, par Air Deccan, une compagnie low cost, et ça déconne ! Air Deccan : « Simply (don’t) Fly » ! Deux heures de retard. Deux heures à attendre dans l’aérogare, c’est long. C’est dimanche, journée libre, et je dois poireauter deux heures. Je fulmine.
Que faire ? Prendre patience sans la perdre et tenter quelques photos à la dérobée.
Arrivés à Trichy, nous restons bloqués vingt minutes en attendant une place sur un tarmac totalement vide ! Parfois, on a envie de crier.

Il est finalement 13 h quand nous arrivons à l’hôtel Sangam, le plus beau de la ville. Il a un je-ne-sais-quoi de plus typiquement indien que les précédents. Je m’y sens immédiatement bien.
Brunch indien rapide au restaurant de l’hôtel, puis il est grand temps d’aller voir le temple et le Rockfort, taillé dans un rocher d’environ 84 mètres de hauteur. À mi-chemin se trouve le temple de Thayumanaswamy ; au sommet, le sanctuaire d’Ucchi Pillayar est accessible par un escalier de 437 marches à gravir pieds nus !
Il est 15 h 30 et je suis enfin libre dans la rue, douze heures après m’être levé !
Je commence par une promenade autour du temple de Srirangam pendant que mes collègues le visitent. En Inde, les abords d’un temple forment un immense bazar, un entassement de boutiques aux allures médiévales. On y trouve tous les métiers imaginables, comme le repasseur ou l’enfileuse de fleurs.


J’ai hésité à prendre cette photo, mais les modèles, eux, n’ont pas hésité à me le demander.

À l’intérieur d’un gopuram, il y a une petite échoppe. Je regarde discrètement, puis je passe mon chemin. Un « hello » me fait faire marche arrière. Lui aussi voulait être pris en photo. Super !



J’ai beaucoup de mal à quitter cet endroit, mais le fort mérite également la visite et le temps passe. Le chauffeur nous attend pour faire le trajet.

17 h 10 : ascension du Rockfort de Trichy. Contre toute attente, elle commence dans une rue étroite : on attaque directement dans la roche en passant entre des marchands de barbes à papa de toutes les couleurs, placés de chaque côté de l’entrée. Pas de chaussures à l’intérieur ; les chaussettes sont autorisées. Un billet pour moi et un pour mon appareil photo : c’est de bonne guerre. Fin prêt pour la montée des 437 marches.
Le parcours s’enfonce dans le rocher. C’est en fait un immense ensemble religieux, avec de nombreux escaliers et des salles consacrées aux divinités. Très vite, il faut choisir sa voie : celle des fidèles ou celle des autres visiteurs. Comme toujours, les parties les plus sacrées ne sont pas accessibles aux non-hindous.
Après deux cents marches, on retrouve l’air libre et une vue magnifique sur la ville.

L’escalier continue, encastré dans le rocher. Après la première partie de l’ascension, on arrive sur une plate-forme d’où l’on domine la ville. On y découvre aussi le but de la grimpette : un petit temple au toit doré. Ici, le spectacle, c’est aussi la foule qui se repose et attend le coucher du soleil. Je reprends ma marche et suis aussitôt interpellé pour faire des portraits.


Au sommet, évidemment, on profite d’une vue panoramique exceptionnelle sur la ville.



Après avoir bien profité de la vue, il est temps de redescendre : il va bientôt faire nuit.
De retour à l’hôtel, je fais quelques emplettes : je ne peux pas revenir les mains vides d’un tel voyage. À Chennai, j’avais acheté un peu de soie ; ici, j’ai envie de coussins brodés pour aller avec les petits tapis ramenés en 2000. Je trouve facilement mon bonheur, ainsi que deux nouveaux éléphants en bois peint. Dans le magasin, un vendeur est aux prises avec une Coréenne qui trouve que tout est trop cher, même après le « bon prix », la remise spéciale « ami » et le discount spécial. Moi, je calcule et paierais volontiers le prix demandé, tant la somme est modique, mais il faut faire bonne mesure et discuter un peu : c’est le jeu. Je demande donc le prix pour « un bon ami français ». Calculette en main, le vendeur fait l’addition : 2 500 INR. Il applique une formule magique, puis une autre, et nous voici rendus à 1 500 INR. Tout cela me semble bien correct. Marché conclu. Il emballe, je déplie mes billets : je n’ai pas de quoi payer ! Je propose de retourner à l’hôtel — à 50 mètres — chercher de l’argent. « Inutile ! Combien as-tu ? » me demande le vendeur. 1 400 INR. Marché conclu ! Sans doute le vrai prix était-il de 1 000, voire moins, comme le subodore la dame coréenne, mais qu’importe. Finalement, tout le monde est content.
Sur la route de Dalmacity — le voyage se termine bientôt
7 h : petit-déjeuner très sage. Je ne suis pas trop fier : je ne mange que des toasts et une crêpe locale préparée à la demande de notre hôte. Je ne peux pas refuser, mais je suis un peu inquiet ; j’ai mal au ventre et une longue route m’attend.
7 h 45 : nous voici repartis pour deux à trois heures de 4 × 4. De tout le voyage, c’est ici que le paysage est le plus vert. Partout aussi, des villages-bazars se déploient de part et d’autre de la route. On y trouve de tout : « video game », « hotspot Wi-Fi », téléviseurs à écran plat… Et pourtant, les boutiques ne sont que des cahutes faites de feuilles de palmier et de bois — de briques de terre et de boue séchée dans le Nord. Il existe une autre sorte de village en Inde : le village d’habitations, situé plus à l’écart des routes, et c’est là que va l’essentiel des marchandises.
De retour sur la route. La situation ci-dessous n’est pas exceptionnelle ici : ils auraient aussi bien pu être trois ! En fait, chacun cherche un bout de route praticable. À la vitesse où l’on roule, les risques sont limités. C’est très différent pour les piétons et les motocyclistes.


10 h : nous sommes à Dalmacity pour une dernière réunion de travail.
13 h : il est vraiment temps de reprendre la route et de vivre la « Kingfisher Experience » en retournant à Bangalore. Serons-nous à l’heure ? Rien n’est moins sûr, mais, comme l’avion pour Paris ne décolle qu’à 2 h 40 demain matin, nous aurions le temps d’y aller par la route : cinq heures de bonne route.
Escale à Bangalore et adieu à notre collègue indien.
18 h : nous sommes à l’aéroport de Chennai, l’ancienne Madras. Maintenant, il faut attendre. Heureusement, une chambre nous attend au Méridien, car le décollage pour Paris n’est prévu qu’à 2 h 40 ; en fait, il aura une heure de retard.
Sitôt dans les airs, je m’enroule dans une couverture, incline mon siège et dors jusqu’au petit-déjeuner, aux abords de l’Autriche.
À Paris, il fait 3 °C. Fin de l’équipée indienne.


Note de prise de vue. Inde, janvier 2007. Nikon D2X et Nikon Coolpix S4.