Sur les routes du Tamil Nadu
Je suis venu en Inde pour un long périple professionnel, mais je vais aussi disposer d'un peu de temps pour moi. Cette fois, nous avons choisi de voyager par la route plutôt qu'en avion. J'avais d'ailleurs poussé pour cette option, afin de voir davantage les paysages indiens et de tenter quelques photos en chemin.
La veille, le 24 juin, j'avais profité d'une journée libre à Chennai. Le 25, nous sommes venus à Ranipet depuis Chennai. Demain nous poursuivrons la route jusqu'à Tiruchirappalli — que tout le monde appelle heureusement Trichy.
La façade blanche de l'Hotel Emerald Inn éveille aussitôt ma curiosité : à quoi peuvent bien ressembler ses chambres ? Une curiosité sans grand risque, puisque je sais très bien que, le soir venu, j'aurais beaucoup de mal à renoncer au confort du Méridien de Chennai. Le goût de l'aventure hôtelière a ses limites — même si mes archives photographiques peuvent produire quelques solides preuves à décharge : je n'ai pas toujours logé dans des hôtels cinq étoiles.
D'ailleurs, ce soir je dors au Pride Bizhotel de Ranipet dont je partirai demain à l'aube pour rejoindre Trichy.
Depuis la voiture, le paysage défile trop vite à mon goût. Entre les palmiers et les terrains encore libres apparaissent des maisons vivement colorées, des ateliers ouverts sur la rue et de petites boutiques couvertes d'enseignes en tamoul. Les villages semblent se prolonger les uns dans les autres, reliés par ce ruban de commerces, d'ateliers et de maisons qui ne quitte presque jamais la chaussée.
Les enseignes racontent elles aussi le pays traversé. Elles signalent un restaurant végétarien, un hôtel spécialisé dans le biryani, un marchand d'engrais et de pesticides, une école publique de jeunes filles ou encore un atelier de carrosserie pour camions. Plus loin, une confiserie-boulangerie accueille les voyageurs de la route Chennai–Trichy, tandis que les publicités pour les marques de ciment transforment des façades entières en panneaux aux couleurs éclatantes.
J'essaie de saisir au passage ce mouvement continu : une famille sur une moto, un bus roulant portes ouvertes, une vache devant les commerces, un rickshaw, un camion chargé ou quelques hommes discutant à l'ombre. Les scènes se présentent et disparaissent presque aussitôt. À travers la vitre, il faut cadrer vite et accepter les hasards de la route.
Si j'avais été libre de le faire, j'aurais demandé au chauffeur de s'arrêter tous les kilomètres — et nous ne serions sans doute jamais arrivés à destination !
Photographies, juin 2012 Nikon D4 Nikkor 24-70mm f2,8