De Trichy à Coimbatore — première partie
Après Tiruchirappalli — Trichy pour les amis et pour ceux qui souhaitent arriver au bout du mot — nous prenons la route de Coimbatore. Huit heures de voiture nous attendent. C'est long, même pour quelqu'un qui avait précisément insisté pour voyager par la route afin de mieux voir le pays.
J'ai dormi un peu. Les photographies ne prétendront donc pas reconstituer le trajet kilomètre par kilomètre : elles en conservent plutôt les moments où j'avais les yeux ouverts et le Nikon à portée de main. Entre deux assoupissements, le Tamil Nadu défile par fragments, avec cette alternance presque sans transition de petites villes affairées, de villages, de cocoteraies et de terrains brûlés par le soleil.
La route semble absorber tout ce qui l'entoure. Les maisons lui présentent leur façade, les boutiques débordent sur l'accotement et les ateliers travaillent à ciel ouvert. Une cuisine tient dans quelques mètres carrés, un marchand expose ses récipients métalliques jusqu'au bord de la chaussée, des fruits sont disposés à même le sol. Ailleurs, des briques attendent leur chantier sous une bâche et des pierres taillées sèchent près d'une hutte au toit de palmes.
À travers la vitre, les scènes se composent et se défont en une seconde : une femme en sari devant une échoppe, des voyageurs rassemblés près d'un arrêt, plusieurs hommes autour d'une Ambassador blanche, puis un marchand qui expose ses récipients métalliques jusque sur le trottoir. Certaines personnes regardent la voiture passer, d'autres poursuivent leur conversation ou leur travail. Chacun est immobile quelques instants dans mon cadre, tandis que c'est moi qui continue de rouler.
Les changements d'échelle sont constants. Une large rue commerçante cède la place à des huttes dissimulées sous les arbres ; une maison ornée d'une croix voisine avec une école ; un abri de fortune, tendu de bâches jaunes et bleues, devient boutique ou cuisine. Les murs peints, les enseignes en tamoul et les couleurs des camions donnent à la route sa ponctuation.
Deux femmes sur un scooter se glissent encore entre les camions et les commerces, puis quelques enfants observent la route derrière une grille.
Cette série de trente images ne représente qu'une petite partie des photos proses ce jour-là. Jusqu'à Coimbatore les sollicitations étaient permanentes dès que nous quittions un grand axe routier.
Photographies, juin 2012 Nikon D4 Nikkor 24-70mm f2,8