Barbès, le trottoir en partage
À Barbès, les trottoirs servent moins à passer qu’à commercer. Les boutiques débordent dehors, les marchandises s’empilent, les livraisons occupent l’espace et les conversations ralentissent encore la circulation. Il faut contourner une caisse, attendre qu’un diable passe, se glisser entre deux groupes.
Cette gêne permanente fait pourtant partie du quartier. Rien n’y est vraiment séparé : le commerce, le travail, l’attente et les rencontres se déroulent au même endroit, au bord de la chaussée. Le trottoir n’est pas seulement devant les boutiques. Il en devient le prolongement.
Il y a aussi ceux qui n’ont pas de boutique. Ils installent quelques marchandises devant un grossiste ou dans un espace resté libre, à condition de ne pas trop gêner. À Barbès, ces petits commerces trouvent parfois leur place à côté des plus grands, dans une tolérance discrète qui fait partie du quartier.
C’est cette organisation mouvante que montrent ces photographies. À chaque image, l’espace se redistribue selon les besoins du moment. On pousse, on déplace, on s’installe, puis le passage se reforme ailleurs.
Le plus souvent, la couleur s’impose par les vêtements, les enseignes et les sacs. Le noir et blanc, lui, isole davantage les gestes et les attitudes. Ensemble, ces images montrent un quartier très vivant, coloré et bigarré.