Séance de prise de vue
Un homme tient un vélo sur lequel un enfant est assis. Face à eux, un photographe s’est avancé, jambes écartées, appareil devant l’œil. À l’arrière-plan, quelques motos et une grille ferment la scène. Cette fois, le photographe, c’est moi. C'était en Inde en juin 2012.
L’image montre donc ce que l’on voit rarement dans mes photographies : l’envers du décor. Le moment où je m’approche, où je cherche mon cadre, où mon corps prend une position qui me paraît naturelle sur le moment et qui, vue de l’extérieur, l’est peut-être beaucoup moins. L’homme et l’enfant me regardent. Moi, je les photographie. Et pendant ce temps, un collègue photographie la scène entière. La photographie devient alors presque un petit jeu de regards : eux devant mon objectif, moi devant celui de mon collègue, qui montre comment tout cela se passe.
La deuxième image montre le moment d’après. Je ne photographie plus : je montre la photographie que je viens de prendre sur l’écran de l’appareil. L’homme s’est rapproché, l’enfant est toujours assis sur le vélo, et nous regardons ensemble le résultat. Ce qui change, c’est la relation. Dans la première image, chacun était à sa place : eux devant l’objectif, moi derrière. Ici, nous regardons la photographie ensemble. On vérifie, on commente, on approuve peut-être. La photographie ne s’arrête donc pas au déclenchement. Il y a aussi ce moment où l’image revient vers ceux qui viennent d’être photographiés. Réunies, les deux photos racontent assez bien l’envers du décor : d’abord la prise de vue, puis la discussion autour du résultat.
Dans la troisième image, on voit l’homme et l’enfant de face. L’enfant est installé sur le cadre, l’homme tient le guidon, tous deux regardent l’objectif. Derrière eux, la rue continue normalement.
Ce qui est intéressant, c’est de comparer avec les deux images précédentes. Dans la première, on me voit chercher mon cadre. Dans la deuxième, nous regardons ensemble la photographie sur l’écran. Ici, on découvre enfin ce que j’essayais de faire. Et le résultat est assez différent de ce que mon collègue photographiait de son côté. Chez lui, le sujet était le photographe en action. Chez moi, ce sont simplement un homme et un enfant rencontrés dans la rue. Les trois images forment donc une petite séquence complète : la prise de vue - la vérification - la photographie. C’est vraiment l’envers du décor, puis le décor lui-même. Cela dit, cette photographie est plus que moyenne et ne figure pas parmi mes favorites.