Sous la verrière du Prado
Au cours d’une déambulation parisienne, je suis entré dans le passage du Prado. J’ai trouvé le lieu photogénique : la verrière, la lumière, cette entrée d’hôtel rénovée mais au charme suranné. J’y ai vu un cadre propice à une petite fiction. J’ai pris plusieurs clichés. D’une image à l’autre, les personnages s’organisaient peu à peu.
La mémoire
Pour moi, cette photographie rappelle la découverte du lieu et le temps passé à regarder, à attendre, à déclencher. Je me souviens de ce qui entoure cet instant et que l’image ne montre pas. Celui qui la regarde ne connaît que le moment retenu.
Le témoignage
L’image montre une verrière, une enseigne, des murs usés. Deux silhouettes sombres occupent le premier plan ; entre elles, un enfant traverse l’espace. Au fond, un homme est assis, les genoux relevés. Ils étaient là, ensemble, au moment de la prise de vue. Je ne connais ni leur histoire ni ce qui les relie. Leur prêter une intention serait déjà commencer à raconter.
L’interprétation
Les déplacements des uns, l’immobilité de l’autre et cette entrée d’hôtel offrent des amorces de récit. J’imagine un voyageur, sa fatigue, son hésitation. Rien ne permet de les affirmer, mais la scène les suggère. Une autre histoire serait possible. J’ai choisi le lieu pour ce qu’il me donnait envie d’imaginer ; les présences successives en ont composé la scène. La petite fiction qui suit prolonge cet instant.
Une petite fiction
Le voyageur s’arrête, déçu par ce qu’il découvre. Sous la verrière encrassée du passage du Prado, l’hôtel ne ressemble guère à ce qu’il avait imaginé. On lui avait donné une adresse, assuré qu’il y serait bien. Devant la façade défraîchie, il se demande ce que cela voulait dire.
Deux hommes passent devant lui. Leurs silhouettes sombres lui cachent un instant l’entrée. Entre eux, un enfant traverse à grandes enjambées. Au fond, un homme est assis sous une fenêtre, les genoux relevés. Josh regarde ce petit monde, chacun semble avoir ses habitudes ici. Lui ne sait même pas s’il va entrer.
Au-dessus de la porte, les cinq lettres du mot « HOTEL » n’apportent aucune réponse. Il espérait poser ses affaires, prendre une douche, s’étendre un moment. À présent, il imagine une chambre aussi triste que cette façade. Il se connaît : la fatigue lui fait parfois décider trop vite.
Il lève les yeux vers la verrière. Malgré la poussière, la lumière passe encore. Il suit du regard les armatures, les anciennes décorations, puis revient à la porte. Peut-être est-il injuste. Il lui est arrivé de dormir très bien dans des endroits qui ne payaient pas de mine. Il pourrait au moins demander à voir une chambre.
L’enfant a déjà disparu. L’homme assis n’a pas bougé. Josh reste quelques secondes encore, un pied en avant, puis renonce pour l’instant. Rien ne presse, après tout.
Il retourne dans la rue. Il trouvera un café, s’assiéra devant quelque chose de chaud. Il ressortira l’adresse de sa poche et verra s’il a toujours envie d’aller ailleurs.
Paris - Passage du Prado - 5 juin 2026 -Leica Q3
Mise à jour le: 24 octobre 2026