– La transaction
Belleville, à l’angle d’une rue étroite. Le bar ne paie pas de mine, façade peinte de fresques enfantines. À l’intérieur, ça parle fort, ça rit, ça boit. Dehors, sur l'atmosphère est plus lourd.
La porte s'ouvre. Bill, barbe blanche, bonnet tiré bas, foulard noué, sort. Il ne fume pas, il ne bouge presque pas. Simplement, il scrute. Chaque passant pouvantt être celui qu’il attend.
Moussa n’est pas loin. Adossé à la jardinière, les mains dans les poches, il feint la nonchalance. Pourtant, son regard ne cesse de sonder la rue. Un guetteur en action.
Le troisième traverse la scène d’un pas rapide. Silhouette floue, pressée, étrangère. Peut-être un simple passant. Peut-être pas.
Puis il arrive.
Le quatrième. Celui que tous attendaient. Manteau sombre, démarche régulière, sac de toile à la main. Il ne regarde ni à gauche ni à droite. Il s’avance comme si le trottoir lui appartenait.
Le barbu se redresse, ajuste son foulard. Un signal? Le guetteur lève les yeux, imperceptiblement. Rien n’est dit, tout est compris. Le sac passe de main en main, sans hâte, sans mot. Nul ne sait ce que le sac continet. Argent, papiers, promesse ?
Une seconde plus tard, tout est accompli. Le nouveau venu disparaît derrière la porte. Bill reste sur le seuil, mains vides, visage impassible. Le guetteur détourne les yeux, reprend son rôle d’anonyme. Le passant, lui, n’est déjà plus qu’un souvenir.
La rue retrouve son agitation habituelle. Mais pour qui sait voir, il y a eu plus qu’une rencontre : une transaction invisible.
Cette photo je l'ai prise en octobre 2024, dans le quartier de Barbeès-Rochechoart. Leica Q3 summilux 28mm