– Entre deux rotations
La porte à tambour continue de tourner derrière lui. Des dizaines de personnes entrent et sortent sans qu'il ait besoin de lever les yeux. Pendant quelques minutes, quelqu'un d'autre assure sa fonction. Lui s'est installé sur le banc de pierre, juste devant l'immeuble. Une pause comme il en prend plusieurs chaque jour.
Il ne regarde personne en particulier. Son regard accompagne machinalement les passants sans vraiment les suivre. Il pense peut-être au repas de ce soir, au match de baseball annoncé pour le week-end, à la pluie qui menace ou simplement au cirage qu'il faudrait enfin passer sur ses chaussures. Les pensées d'une pause n'ont pas besoin d'être profondes. Elles viennent, repartent, se remplacent les unes les autres comme les visiterus dabs la porte à tambour
Dans quelques instants, il remettra sa casquette bien droite et reprendra sa place près de la porte. Les employés retrouveront cette silhouette familière qu'ils ne remarquent presque plus. Mais, pendant ces quelques minutes volées au rythme de la journée, il n'est ni chauffeur, ni planton, ni employé. C'est simplement un homme assis sur un banc, occupé à ne rien faire. Et c'est sans doute l'une des occupations les plus humaines qui soient.
Photo prise en octobre 1990 à New York. Nikon F801 film Fuji Reala