– Art éphémère
Un jeune garçon, debout au cœur de sa création, contemple avec fierté les rangoli qu’il a tracés à la craie sur le sol terreux au bord de la route devant sa maison. Ses motifs, étoiles et fleurs aux couleurs éclatantes de rose, vert, bleu et jaune, s’étalent aux regards de tous. Son t-shirt orange le fait rayonner au centre de son oeuvre.
Derrière lui, son père, debout dans l’ombre de l’entrée, l’encourage d’un geste discret à avancer vers le photographe. La cour, remplie d’objets du quotidien, le rickshaw vert, les vêtements qui sèchent, la bicyclette chargée de sacs, devient sa galerie d'art épéhémère. Les rangoli, éphémères et précis, captent l’attention, tandis que le garçon, pieds nus, incarne la simplicité de l'artiste.
Le garçon s’approche, un sourire timide aux lèvres. Ses yeux brillent d’une fierté contenue. D’un geste large, il désigne les rangoli à ses pieds et explique:
« J’ai commencé par le centre, là où la lumière tombe le plus fort. Chaque couleur a sa place, comme dans les histoires que ma mère me raconte. Le rose, c’est pour la joie. Le vert, pour la terre qui nous nourrit. Le bleu, pour le ciel qui nous regarde. Et le jaune… »
Il hésite, puis sourit :
« Le jaune, c’est le soleil qui fait tout briller. »
Il se tait un instant, puis ajoute, plus bas :
« Mon père dit que c’est éphémère, que la pluie ou le vent les effaceront. Mais moi, je crois qu’ils restent, quelque part. »
Le garçon éclate de rire, les yeux pétillants.
« Je crois qu'ils vivront dans votre appareil photo, comme des étoiles qui ne s’éteignent jamais. »
Cette photo je l'ai prise en janvier 2007, dans une ruelle de Kanchipuram dans le Tamil Nadu, en Inde. Nikon D2X, zoom 17-55mm f2,8 à 25mm