Dans un quartier de Shanghai en pleine métamorphose, le temps semble se figer et s'accélérer à la fois. La rue est un mélange de vieilles bâtisses, défigurées par l’usure et les années, et d’immeubles futuristes qui s’élèvent au-dessus, comme si la ville était prise dans une lutte entre son histoire et son avenir.

20 mai 2026 – Shanghaï s'efface

Cheng marche, et chaque pas résonne comme un compte à rebours. Les ombres des gratte-ciel s’allongent sur les toits de tuiles, et il sent leur présence, froide et implacable, grignoter peu à peu l’espace familier. Sa rue, avec ses murs écaillés, ses odeurs de cuisine qui s’échappent des fenêtres, ses voisins qui saluent d’un signe de tête, tout cela semble étouffé par l’avancée des géants de verre et d’acier.

Il se demande combien de temps il faudra encore avant que les pelleteuses ne viennent tout raser. Avant que les échoppes ne deviennent des souvenirs, que les visages connus ne se dispersent, que le bruit des motos ne soit remplacé par le ronronnement des climatiseurs. Il serre les poings dans ses poches, comme pour retenir quelque chose qui lui glisse déjà entre les doigts.

Parfois, il s’arrête, juste un instant, pour regarder les bâtiments neufs qui brillent au loin. Ils sont modernes, peut-être beaux. Mais ils ne racontent rien. Pas comme sa rue, qui porte en elle les rires, les disputes, les silences, de familles entières. Et c’est ça, peut-être, qui le terrifie le plus : l’idée que tout cela puisse disparaître sans laisser de trace, comme si rien n’avait jamais existé.

Cheng aperçoit un photographe, il est soulagé. Il restera quelque chose finalement.


Cette photo je l'ai prise en novembre 2010, dans une ruelle du vieux Shanghaï en pleine mutation. Nikon D3, zoom 24-70mm f2,8. à 28mm.