Deux hommes devant une boutique de vêtements d'occasion rue du Faubourg du Temple à Paris. L'un est assis au milieu de sa marchandise étalée sur le trottoir tandis que l'autre est adossé à un présentoir, sous une grande fresque représentant un œil.

6 juillet 2026 – Le boutiquier minimaliste

Deux hommes attendent. L'un espère un client, l'autre semble simplement tenir compagnie. Dans le brouhaha de la rue du Faubourg du Temple, leur conversation dérive d'un sujet à l'autre : le temps qui passe, le quartier qui change, les vêtements qui connaissent plusieurs vies. Une scène ordinaire, où les silences comptent autant que les paroles.

Le boutiquier
Pas grand monde aujourd'hui.
Le familier
C'est lundi.
Le boutiquier
Mardi.
Le familier
Tu vois, ça commence mal. Je ne sais même plus quel jour on est.
Le boutiquier esquisse un sourire sans quitter la rue des yeux.
Pas étonnant,Les jours, ici, c'est toujours un peu pareil.

Un silence. Une jeune homme ralentit devant les chemises, en touche une du bout des doigts.

Le jeune homme
Vous l'avez en XL?.
Le boutiquier
Je ne sais pas. Vous pouvez fouiller

Le jeune homme regarde le boutiquier, incrédule, et repart.

Le familier laisse échapper un rire discret
Encore un à qui il faut tout servir sur un plateau.

Le silence reprend ses droits, UN long soupire

Le familier
Tu te souviens de l'époque où tu avais une vraie boutique ?
Le boutiquier
Une devanture, une caisse, une enseigne… Oui) Et aussi des vitrines à laver, des charges, un loyer hors de prix, C'était une belle boutique mais aussi beaucoup de tracas. Ouais; c'est sûr c'était une belle boutique. Mais c'était avant...

Un livreur traverse la rue à vélo en évitant les piétons.

Le familier
Le quartier change.
Le boutiquier
Tout change et pas en mieux.
Le familier
Pas faux
Le familier
Avant, on vendait aux voisins. Maintenant, on vend aux curieux.
Le boutiquier
Quand on vend.
Le familier
ouias, quand on vend.

Le boutiquier replie soigneusement un jean avant de le replacer sur la pile.

Le boutiquier
Tu sais ce que j'aime ici ? Les vêtements ont déjà vécu. Ils ne font plus semblant. Une veste trouée par le temps raconte plus de choses qu'une veste faussement usée en usine.
Le familier
Et les gens ?
Le boutiquier
Pareil.
Le familier
L'œil, derrière nous… Tu crois qu'il nous regarde ?
Le boutiquier
Depuis des années. Il doit connaître tous nos clients.
Le familier
Ou toutes nos journées sans clients.

Un passant s'arrête devant les chaussures.

Le boutiquier
Bonjour monsieur ! Cinquante euros les deux paires.
Le passant
Je regarde seulement.
Le boutiquier
Regarder, c'est déjà ça.

Le passant s'éloigne.

Le familier
Tu aurais dû dire quarante.
Le boutiquier
J'aurais vendu à perte.
Le familier
Tu n'as rien vendu.
Le boutiquier
Toi, tu comptes l'argent. Moi, je compte les occasions.
Le familier
À la fin de la journée, il faut quand même payer le café.
Le boutiquier
C'est vrai.

Les deux hommes regardent un moment la circulation de la rue du Faubourg du Temple.

Le boutiquier
Tu sais pourquoi je viens encore tous les matins ?
Le familier
Pour gagner ta vie.
Le boutiquier
Un peu.
Le familier
Pour voir les gens, alors.
Le boutiquier
Surtout pour ne pas rester chez moi.
Le familier
Moi aussi.

Photo prise le 21 mai 2026, rue du Fauboourg du Temple. Leica Q3 summilux 28mm