Un homme fume devant la vitrine d'une boutique où un mannequin en costume semble l'observer. Une photographie de rue prise à Paris.

9 juillet 2026 – La tentation du mannequin

Devant une vitrine, un homme s'accorde une pause cigarette. Derrière la vitre, un mannequin impeccablement vêtu semble l'observer. À moins que ce ne soit l'inverse… Il suffit parfois d'un regard pour que l'imagination prenne le relais. Et si, cette fois, le mannequin décidait de sortir de son rôle ?

Il faut dire qu’il n’avait jamais respiré non plus.

Depuis trois semaines, il portait le même costume trois pièces. La même cravate. Le même sourire absent. Chaque matin, on lui redressait le col, on époussetait son épaule, puis on l’abandonnait à sa contemplation du trottoir.

Les passants défilaient. Les élégants. Les pressés. Les amoureux. Les touristes. Les distraits.

Et puis il y avait lui.

Presque tous les jours, il s’arrêtait devant la vitrine. Une cigarette au coin des lèvres. Les mains dans les poches. Il regardait ailleurs. Ou peut-être nulle part.

Le mannequin l’observa longuement.

Le mannequin
Encore vous…

L’homme tira une longue bouffée.

Le mannequin
Vous savez, ce n’est pas très bon pour la santé.
L’homme
Ah… c’est vous qui parlez ?
Le mannequin
Il n’y a personne d’autre.
L’homme
Je croyais que les mannequins se contentaient de vendre des costumes.
Le mannequin
Nous vendons surtout des illusions.

L’homme sourit.

L’homme
Et ça marche ?
Le mannequin
Regardez-moi. Depuis des années, on habille le même corps en espérant convaincre les gens qu’ils auront une autre vie.

L’homme éclata de rire.

L’homme
Touché.

Un silence s’installa. Le mannequin suivait du regard les volutes de fumée qui montaient lentement contre la vitre.

Le mannequin
Ça a quel goût ?
L’homme
Une mauvaise idée.
Le mannequin
Vous pourriez être plus précis ?
L’homme
Un mélange de liberté, d’habitude… et de regret.

Le mannequin resta pensif.

Le mannequin
J’aimerais essayer.
L’homme
Vous n’avez même pas de poumons.
Le mannequin
Ce n’est pas une raison pour manquer de curiosité.

L’homme hésita. Puis il approcha sa cigarette de la vitre.

À sa grande surprise, une main vernie traversa doucement le verre, comme s’il n’existait pas.

Le mannequin prit la cigarette avec une élégance parfaite.

Il inspira.

Enfin… il fit semblant.

La fumée ressortit immédiatement par le col de sa chemise.

L’homme
Alors ?
Le mannequin
C’est extrêmement décevant.
L’homme
Je vous l’avais dit.
Le mannequin
Oui… mais c’est incroyablement photogénique.

Ils restèrent là quelques instants, côte à côte.

L’un respirait trop.
L’autre pas du tout.

Et, pour la première fois depuis sa sortie d’usine, le mannequin eut l’impression de ressembler un peu à quelqu’un.


Photo prise le 2 janvier 2025, boulevars Haussmann. Leica Q3 summilux 28mm