À la terrasse d'un café, un homme interrompt sa lecture sur une Kindle et fixe soudain quelque chose hors champ, un verre suspendu à la main.

16 juillet 2026 – Qu'a-t-il vu ?

Sa journée de travail est terminée. Avant de rentrer chez lui, il s'accorde un détour par cette terrasse. Un verre, sa Kindle et quelques pages de son roman. Ce moment lui appartient. Personne ne l'attend encore.

Les serveurs installent les nouveaux clients, débarrassent les tables, apportent les commandes. Des inconnus passent devant lui sans même le remarquer. Lui ne voit déjà plus la terrasse. Depuis plusieurs pages, il marche dans les pas d'un autre.

Puis son verre s'immobilise. Ses yeux quittent l'écran et se fixent droit devant lui. Quelque chose vient d'interrompre sa lecture.

Est-ce un passant ? Une scène insolite ? Ou bien la dernière phrase qu'il vient de lire a-t-elle trouvé un étrange écho dans la réalité ? Les bons romans ont parfois ce pouvoir. Ils rendent le monde un peu moins ordinaire. On croit reconnaître un visage, une silhouette, une situation que quelques secondes plus tôt on n'avait rencontrés que sur le papier.

Je pourrais inventer ce qu'il a vu. Ce serait facile. Mais ce serait sans doute moins intéressant que de laisser cette question ouverte. Car, au fond, cette photographie ne raconte pas un événement. Elle raconte cet instant infime où la fiction s'efface et où la réalité reprend brusquement ses droits... ou peut-être l'inverse.


Photo prise le 28 août 2025, rue Saint-Honoré. Leica Q3 summilux 28mm