– Le juste prix
Le marché de Tepoztlán s'animait dès les premières heures de la matinée. Les étals débordaient de fruits et de légumes, les couleurs rivalisaient avec les odeurs d'épices, et les voix des marchands se mêlaient à celles des clients. Ici, chacun prenait son temps. On venait acheter de quoi cuisiner, mais aussi discuter, prendre des nouvelles et commenter la récolte.
Les prix faisaient naturellement partie de la conversation. Sur un marché, ils sont rarement figés. Une négociation s'engage, parfois sérieuse, parfois presque rituelle. Elle permet autant de faire connaissance que de conclure une vente.
La négociation semblait engagée depuis quelques instants déjà. La cliente avançait ses arguments, la marchande paraissait peu disposée à céder. Le reste appartient à l'imagination.
La cliente :
- Vous ne les trouvez pas un peu chères, ces tomates ?
La marchande :
- Chères ? Regardez-les. Elles ont été cueillies hier.
La cliente :
- Hier ou ce matin, elles finiront toutes dans la même salade.
La marchande :
- Peut-être. Mais celles-là auront encore du goût.
La cliente :
- Ma voisine les vend moins cher.
La marchande :
- Alors pourquoi êtes-vous venue jusqu'ici ?
La cliente :
- Parce qu'on m'a dit que c'étaient les meilleures du marché... mais je ne pensais pas que la réputation se payait aussi cher.
La marchande :
- Les bonnes tomates ne coûtent jamais trop cher. Elles évitent surtout les déceptions. Alors, combien en voulez-vous?
Photographie réalisée en juillet 1997 avec un Nikon F90 chargé en Fuji Reala. 35-70mm f2,8