Un homme attend devant un café, appuyé contre son vélo, une cigarette à la main et le regard tourné vers la rue

4 août 2026 – Deux heures quinze

Devant un café, un homme attend. Son vélo est posé à côté de lui, une cigarette à la main, le regard fixé vers le bout de la rue. Il ne manque plus qu’une personne pour que la scène commence. J’ai imaginé qu’elle avait pu se dérouler ainsi.


Cinq minutes de retard

Il avait dit qu’il arriverait à deux heures. À deux heures dix, il était encore là, devant le café, appuyé contre son vélo. Il avait déjà bu la moitié de son gobelet et fumait une cigarette qu’il n’avait pas vraiment envie de finir.

Ce matin-là, il avait choisi sa chemise verte avec plus de soin que d’habitude. Pas la blanche, trop sérieuse. Pas la noire, trop apprêtée. Celle-ci lui avait semblé convenir : assez élégante pour montrer qu’il avait fait un effort, assez décontractée pour laisser croire que tout cela n’avait aucune importance. Il était parti beaucoup trop tôt. Plutôt que d’arriver en avance, il avait fait un détour. Deux rues, puis trois. Il avait acheté un café. Ensuite il avait trouvé cette place devant la vitrine et posé son vélo contre la terrasse. Depuis, il regardait régulièrement dans la même direction. Elle devait venir par là.

Ils ne s’étaient pas vus depuis longtemps. Quelques messages, d’abord fréquents, puis espacés. Un jour, elle lui avait écrit : « Je serai en ville dimanche. On pourrait se voir. » Il avait répondu aussitôt : « Bien sûr. » Depuis trois jours, il préparait mentalement cette rencontre sans parvenir à décider ce qu’il voulait lui dire. Lui reprocher son silence ? Mauvaise idée. Faire comme si rien ne s’était passé ? Encore pire.

Il tira une dernière fois sur sa cigarette. À deux heures treize, il aperçut quelqu’un au bout de la rue et se redressa légèrement. Non. Une inconnue. Il regarda son téléphone. Aucun message. Deux heures quinze. Cette fois, il commença à se demander s’il avait bien compris le lieu du rendez-vous. Il relut leur conversation. Même café. Même heure. Même dimanche.

Il posa le téléphone et observa de nouveau la rue. C’est alors qu’il la vit. Il la reconnut immédiatement, malgré la distance. Il écrasa sa cigarette, attrapa son café, puis changea d’avis et le posa sur le rebord de la vitrine. Il passa rapidement une main sur sa chemise, vérifia que son vélo ne gênait personne. Elle approchait.

Il avait préparé plusieurs phrases pour ce moment. Aucune ne lui revint. Lorsqu’elle arriva devant lui, elle sourit simplement.

- Désolée, je suis en retard.

Il la regarda quelques secondes, puis sourit à son tour.

- Moi aussi.


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