08 juillet 1997 Premiers regards sur le Mexique

En juillet 1997, mon travail m'emmène pour la première fois au Mexique. Ma destination n'est pas Mexico mais Cuautla, à une centaine de kilomètres au sud de la capitale, où je dois assurer plusieurs jours de formation dans une usine.

Le voyage commence pourtant par un léger moment de solitude. Mon avion atterrit avec près de deux heures de retard et la voiture qui devait m'attendre a disparu depuis longtemps. Je ne possède qu'une adresse griffonnée sur un papier. Il faut improviser. Un taxi accepte de m'y conduire.

Pendant près de cent quarante kilomètres, la nuit défile derrière le pare-brise. Les feux arrière de la voiture sont maintenus par du ruban adhésif. Je regarde obstinément les panneaux routiers pour vérifier que nous allons bien dans la bonne direction. Puis, peu à peu, je renonce à contrôler la situation. Après tout, je n'ai pas vraiment le choix.

Il est près de minuit lorsque j'arrive enfin à l'Hacienda Cocoyoc, près de Cuautla.

- Comment ! La voiture n'était pas là ?
- Non... et je n'avais qu'une adresse succincte pour vous retrouver.

Le lendemain, je découvre enfin le Mexique à la lumière du jour. Les rues de Cuautla ressemblent à celles que j'avais imaginées sans vraiment les connaître. Les vieilles voitures américaines côtoient les Coccinelle Volkswagen omniprésentes. Les marchés débordent sur les trottoirs. Les commerces restent largement ouverts sur la rue. Tout est nouveau, mais rien ne paraît artificiel.

Dès que les journées de travail me laissent quelques heures de liberté, je pars marcher avec mon Nikon F90 chargé d'une pellicule Fuji Reala. Je ne cherche pas des monuments. Ce sont les scènes ordinaires qui attirent mon regard : un coin de rue, une boucherie aux allures de décor de cinéma, une terrasse de café, une lumière qui tombe sur une façade.

Rapidement, je comprends que ce voyage ne se résumera pas aux salles de réunion.

Le troisième jour est férié. L'occasion est trop belle pour visiter le site archéologique de Xochicalco. Sous une chaleur écrasante, je découvre une architecture monumentale, difficile à faire entrer dans le viseur tant les volumes sont immenses. Quelques jours plus tard, je prends la route de Taxco. La ville blanche s'accroche à la montagne. Les rues montent, tournent, redescendent. Les Coccinelle semblent y circuler avec une facilité déconcertante.

Je prends un moment pour observer la vie quotidienne depuis les terrasses de café ou au détour d'un marché couvert de bâches bleues qui transforment complètement la lumière. Certaines scènes sont faciles à photographier. D'autres résistent. C'est aussi ce qui fait le plaisir du voyage.

Avec le recul, je m'aperçois que ces photographies racontent moins le Mexique qu'une première rencontre. Rien n'y est encore familier. Chaque rue, chaque visage, chaque couleur mérite que l'on s'arrête quelques instants. C'est précisément cet étonnement que j'aime retrouver aujourd'hui en regardant ces images près de trente ans plus tard.


Toutes les photographies ont été réalisées en juillet 1997 avec un Nikon F90 chargé en Fuji Reala. 35-70mm f2,8 et 70-210mm f2,8